Métiers d'Art - Année de DMA3

À la rencontre de l'artisanat traditionnel dans le vieil Hanoï

Novembre 2012

Après avoir obtenu son Diplôme des métiers d’art dans l’atelier Conception Application Métal et poursuivi son cursus dans l’atelier de ciselure, Maëlle vient d’entamer un stage de 4 mois dans la bouillonnante Hanoï. Grâce à un programme monté et financé par la fondation Culture et Diversité, en partenariat avec l’Unesco, elle vit une expérience unique durant son année de DMA3 : la rencontre avec les acteurs de l’ombre d’un artisanat traditionnel peu connu au Vietnam, celui du métal.

Ce fut sous un beau soleil de novembre, alors que le vieil Hanoï résonnait depuis déjà plusieurs heures des klaxons incessants des scooters, que le visage rayonnant de Maëlle m’apparut sur le parvis de l’église Saint-Joseph. J’avais décidé de rejoindre mon ancienne élève arrivée depuis peu au Vietnam pour partager ses premières impressions et découvrir la réalité du travail traditionnel du métal dans un pays peu connu à l'étranger pour son artisanat.

Dès les premières minutes, ce furent toutes les spécificités de la culture et du mode de fonctionnement du Vietnam du nord qui occupèrent le cœur de nos discussions. Ainsi, beaucoup de choses donnent l’impression de se construire au jour le jour à Hanoï et le programme de stage de Maëlle semblait effectivement se décider au grès des opportunités. Nous décidâmes alors de profiter de la journée pour rencontrer l’artisan devant l’accueillir prochainement.

Alors que nous avancions dans les rues du vieil Hanoï, les quartiers avec leurs spécificités en termes de métiers s’enchaînaient. Nous ne furent pas longs à comprendre que nous touchions au but lorsque passoires, boites à lettres et autres hottes de cuisine se mirent à côtoyer des métalliers mesurant leurs profilés en acier longs de plusieurs mètres au beau milieu de la chaussée. Maëlle connaissait l’adresse grâce à une carte de visite collectée sur un salon auquel elle avait participé. Elle osa alors s’aventurer dans un étroit couloir, se faufilant entre deux échoppes débordantes d’accessoires de cuisine. Je ne pus, à cet instant, m’empêcher de craindre que l’aventure ne débouche sur un atelier de production d’entonnoirs et autres produits du quotidien de bien piètre qualité. Comme pour moi, ce fut probablement avec soulagement que Maëlle découvrit une pièce minuscule exposant aux murs et dans des vitrines désuètes des pièces raffinées et souvent complexes alliant des techniques de ciselure et de mise en forme au marteau.

Une femme nous accueillit immédiatement autour d’une tasse de thé, comme si notre visite à l’improviste ne l’avait pas été. Avec l’aide de notre traductrice, Maëlle lui expliqua les raisons de notre venue et nous comprîmes qu’elle était la maîtresse de maison. Animée d’un sourire imperturbablement radieux, notre hôtesse nous invita alors à rejoindre son mari au travers d’un labyrinthe de fébriles escaliers de meunier jusqu'à un atelier improbable et minuscule juché au beau milieu des toits. Comme pour souligner l’exiguïté de la demeure, ce fut par une fenêtre d’à peine un mètre carre débouchant à raz du sol de la terrasse couverte que nous le rejoignîmes, occupé à repercer à l’aide d’un burin un motif traditionnel dans une fine tôle de cuivre.

L’atelier, à peine plus large qu’un couloir, mêlait dans une ambiance intemporelle des versions rudimentaires ou décrépies de nos propres outils. Au fond, un lit de forge miniature se reposait calmement. Posé sur une caisse en plastique, un dispositif de cintrage en bois contrastait avec la technicité de notre cintreuse hydraulique, mais les réalités des contraintes de la déformation d’un tube sont bien universelles : des gorges avaient été réalisées dans les galets pour limiter l’écrasement. Contre le seul mur de l’atelier, une perceuse à colonne sans âge côtoyait un touret équipé pour le polissage.

Après des présentations particulièrement chaleureuses, notre hôte nous offrit un moment magique en nous faisant découvrir avec un plaisir radieux son univers d’artisan. Au fur et à mesure de la présentation de ses pièces, le visage de Maëlle se para du sourire pétillant des gens heureux : la perspective de partager avec cet artisan de l’autre bout du monde, au plus près de son travail, des gestes tellement efficaces avec un outillage si rudimentaire devait être fabuleux…